Guide — marchand de biens

Lire une opération comme un banquier : le compte de résultat prévisionnel du marchand de biens

Un banquier ne regarde pas votre enthousiasme : il lit des chiffres structurés. Savoir construire et interpréter un compte de résultat prévisionnel pour une opération de marchand de biens, c'est à la fois un outil de conviction et un filtre de réalité. Ce guide vous montre comment organiser les données d'une opération poste par poste, dans la logique qu'attendent les financeurs et votre propre comptable.

Pourquoi le compte de résultat prévisionnel est central pour un MDB

En marchand de biens, le bien acheté est un stock, pas une immobilisation. Il n'est pas amorti : il est vendu, et c'est la différence entre le prix de revente et le coût de revient global qui constitue le résultat imposable. Cette logique commerciale est exactement celle d'un compte de résultat : des produits (la revente) face à des charges (tout ce que l'opération a coûté).

Un banquier analysant votre dossier cherche à répondre à trois questions fondamentales :

Construire cet outil vous force à répondre vous-même à ces questions avant de vous asseoir en face d'un chargé d'affaires. Consultez également notre guide business plan pour le cadre global.

La structure du compte de résultat prévisionnel poste par poste

Voici l'organisation recommandée, en partant du produit vers le résultat net :

  1. Produit de la revente (chiffre d'affaires) : prix de vente net vendeur attendu, hors droits et frais acheteur. Précisez si la revente est globale ou lot par lot.
  2. Coût d'acquisition : prix d'achat + frais de notaire réduits (engagement de revendre, taux autour de 0,715 % en droits de mutation) + frais d'agence éventuels à l'achat.
  3. Coût des travaux : budget entreprise, maîtrise d'œuvre, assurances chantier, coûts imprévus provisionnés (généralement une réserve explicite de 10 à 15 %).
  4. Coût de portage financier : intérêts de l'emprunt, frais de dossier, garanties bancaires, sur la durée réelle estimée de l'opération. C'est un poste que les débutants sous-estiment systématiquement.
  5. Frais de détention : taxe foncière proratisée, charges de copropriété si applicable, assurances PNO, frais de gardiennage.
  6. Frais de revente : commission d'agence, honoraires de notaire à la revente (côté vendeur si prévus), frais de commercialisation.
  7. Frais de structure : quote-part de frais généraux de la société (comptabilité, honoraires juridiques, frais administratifs) imputables à l'opération.

Le résultat brut = produit de revente − somme de ces charges. L'impôt sur les sociétés (15 % jusqu'à 42 500 € de bénéfice, puis 25 %) vient ensuite. Le résultat net après IS est la mesure finale. Pour le détail du calcul, voyez notre page calcul de marge.

Les trois ratios que le banquier calcule en premier

Au-delà des lignes du tableau, le financeur rapporte le résultat à quelques ratios synthétiques. Connaître ces ratios vous permet de présenter vos chiffres dans son langage.

Présentez ces ratios explicitement dans votre dossier : cela montre que vous raisonnez comme un professionnel, pas comme un vendeur de rêve.

Construire des hypothèses défendables, pas optimistes

Un compte de résultat prévisionnel n'est utile que si ses hypothèses résistent aux questions. Le banquier testera les points suivants :

Présenter un scénario central et un scénario dégradé (délai +3 mois, travaux +10 %, prix de revente −5 %) démontre votre maîtrise du risque et rassure considérablement le financeur.

Mettre en forme le document pour le rendre lisible

La forme compte autant que le fond pour un dossier bancaire. Quelques règles pratiques :

Un document bien structuré réduit les allers-retours avec la banque et accélère l'instruction du dossier. C'est du temps gagné sur le délai de portage, donc de la marge préservée.

Questions fréquentes

Quelle différence entre le compte de résultat prévisionnel et le plan de financement ?

Le compte de résultat prévisionnel mesure la rentabilité de l'opération : produits moins charges, jusqu'au résultat net. Le plan de financement, lui, décrit comment les besoins en capitaux sont couverts (apport, emprunt, crédit travaux). Les deux documents sont complémentaires et souvent demandés ensemble par les banques. Le résultat prévisionnel répond à « est-ce rentable ? » ; le plan de financement répond à « comment ça se boucle ? ».

Faut-il faire valider le prévisionnel par un expert-comptable avant de le soumettre à la banque ?

Ce n'est pas obligatoire, mais très fortement recommandé pour les opérations significatives. Un expert-comptable s'assure que les postes sont complets, que le traitement fiscal (IS, TVA) est cohérent avec votre situation réelle, et que la présentation est crédible. Sa signature sur le document apporte une caution professionnelle qui facilite l'instruction bancaire. C'est un coût limité au regard de l'enjeu.

Comment traiter les frais de notaire dans le compte de résultat prévisionnel d'un MDB ?

Les frais de notaire à l'achat (droits de mutation réduits via l'engagement de revendre, émoluments, débours) font partie du coût d'acquisition et viennent donc en charge. Ils ne sont pas amortis puisque le bien est un stock. À la revente, les émoluments du notaire côté vendeur (quand ils existent) s'intègrent dans les frais de revente. Consultez notre page dédiée aux <a href="/frais-de-notaire-marchand-de-biens">frais de notaire marchand de biens</a> pour le détail des taux.

L'impôt sur les sociétés doit-il apparaître dans le prévisionnel présenté à la banque ?

Oui, le résultat net après IS est la mesure la plus honnête de ce que l'opération rapporte réellement. Présenter uniquement le résultat avant impôt surestime la performance et peut créer de la méfiance. Le banquier sait que l'IS existe ; l'omettre fragilise votre crédibilité. En pratique, l'IS en SAS/SARL est de 15 % jusqu'à 42 500 € de bénéfice, puis 25 % au-delà — votre comptable calculera l'assiette exacte.

Que faire si le compte de résultat prévisionnel affiche une marge insuffisante ?

C'est le signal que l'opération, telle que structurée, présente trop peu de coussin face aux aléas. Avant d'abandonner, vérifiez les leviers : renégocier le prix d'achat, réduire ou phasier le programme travaux, allonger l'horizon de revente pour viser un meilleur prix, ou changer la stratégie de revente (lot par lot plutôt que global). Si aucun levier ne suffit, passer à une autre opportunité est une décision professionnelle, pas un échec.

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Estimation indicative fondée sur le droit en vigueur. Ne constitue pas un conseil fiscal ou financier. Vérifiez votre situation avec votre comptable ou votre conseil. Publié le 20 août 2026.